Numérus Clausus

Avant de supprimer ou modifier les quotas qui limitent l’accès à la profession de médecin, il faudrait établir le nombre de praticiens nécessaire. Celui-ci dépendra bien sûr de plusieurs facteurs, liés aux besoins, d’une part, et à l’offre, d’autre part.

Concernant les besoins, nous savons que ceux-ci vont croître, en raison du vieillissement de la population et des pressions migratoires intenses que nous connaissons aujourd’hui. Les patients plus âgés, plus malades, plus pauvres nécessiteront davantage de soins. Et donc un nombre supérieur de MG.

Concernant l’offre, il faudra définir la répartition des rôles entre les deux lignes de soins, mais aussi au sein même de la première ligne.

Du côté francophone, où nous souffrons d’une pléthore de spécialistes (cardiologues, gastro-entérologues, gynécologues), de nombreuses activités devraient redescendre en première ligne (suivi d’HTA, petite gynécologie, colon irritable). Les cardiologues devraient abandonner les tâches préventives qui ne nécessitent pas d’appareillage. Inversement, les « Assisteo », les infirmières, les « case manager », les diététiciens pourraient suppléer les MG dans les activités latérales.

En Belgique, nous disposons actuellement d’un MG pour environ 1.100 habitants. Ce chiffre va baisser et tendre vers le taux d’encadrement néerlandais, soit un MG pour 2000 personnes.

Il y a d’autres facteurs d’offre qui influent sur le nombre optimal de médecins : le temps de travail, la disponibilité et le développement du temps partiel en MG. Au total, l’équation est très complexe et nécessite des enquêtes auprès des patients et des soignants pour connaitre les tendances lourdes. Il est toutefois certain que la combinaison du vieillissement, de l’accroissement des maladies chroniques et de l’allègement du temps de travail nécessitera un nombre plus élevé de praticiens que ce qui se dessine actuellement sur base des nouveaux promus.

En 2013, la répartition des numéros INAMI entre jeunes diplômés a été d’environ 30% pour les médecins généralistes et 70% pour les spécialistes. Si le quota officiel, qui prévoit 43% de MG par cohorte annuelle de diplômés, semble acceptable, force est de constater qu’il n’est toujours pas appliqué. Il ne pourra être atteint que si :

1. on augmente l’attractivité en MG ;

2. les universités respectent un nombre limité d’entrées en stage de spécialisation pour les spécialités probablement pléthoriques comme la cardiologie, la gastro-entérologie ou la gynécologie.

Le GBO est très intéressé par la réorganisation de la médecine spécialisée : quels MS ? Combien ? Pour quelles missions ? Quelle articulation entre l’ambulatoire spécialisé et l’hospitalier ? Quelle collaboration avec les MG ? Actuellement la « référence horizontale » entre MS est un véritable fléau qui nie l’apport spécifique des MG dans une structuration optimale des soins. La MG souffre aussi très directement de la désorganisation actuelle de la MS : pour compenser les pénuries de certaines professions spécialisées, des MG sont attirés vers la médecine hospitalière.

Le GBO pense qu’il est difficile aujourd’hui de concilier à la fois :

• la meilleure adéquation possible entre l’offre de médecins et les besoins en santé publique ;

• un principe de liberté qui veut que tout jeune belge qui souhaite devenir médecin ait la possibilité d’avoir accès à l’exercice de la profession dans le cadre de l’INAMI, selon les quotas de répartition entre MG et MS ;

et la directive européenne qui veut que tout médecin diplômé issu de l’espace européen ou d’un pays étranger avec reconnaissance de diplôme puisse avoir accès à l’exercice de la profession, entrant de facto en compétition avec les futurs médecins belges.

Concernant le numerus clausus, les procédures préconisées aujourd’hui sont différentes au Nord et au Sud du pays.

• En Flandre, un examen d’entrée limite l’accès en amont ;

• En communauté française, l’examen se déroule au bout d’un an d’études, en fin de premier baccalauréat. Le souci est ici de permettre aux étudiants provenant de filières moins favorisées, d’acquérir les connaissances nécessaires à la poursuite de leurs études.

Avant de se prononcer sur le choix d’une procédure d’examen ou sur la suppression du numerus clausus, le GBO souhaite obtenir des réponses à toutes les questions qui restent en suspens, y compris en matière d’éthique et de solidarité, non seulement dans le cadre belge, mais aussi dans le cadre européen et international.