Le dépistage du cancer du col oui, mais encore…

Date: 
Lundi 13 Janvier 2020

La ministre Christie Morreale donne le coup d’envoi  à un projet de prévention pour améliorer la couverture du dépistage de cancer du col [1].
Nous en sommes très heureux.

Pour rappel, en Wallonie, il existe deux dépistages du cancer organisés.  Le mammotest [2]  pour le dépistage du cancer du sein et l’IFOBT [3] pour le dépistage du cancer du côlon.
La Flandre a déjà organisé un 3e dépistage pour le cancer du col. Pour rappel, le cancer du col est un cancer bien plus rare que le cancer du sein et du colon.  Au surplus la tendance depuis les années 80 est à une diminution de l’incidence de ce cancer mais son taux de létalité est élevé.
On observe une dégradation du taux de couverture du dépistage.
Le taux de dépistage qui dépassait les 60% (≈65) est passé sous les 50% (≈45). Il est probable que cette chute du taux de couverture est un effet secondaire (involontaire) du changement de fréquence des frottis. Jusqu’il y a peu la fréquence de frottis était souvent annuelle voire semestrielle ce qui était bien trop élevé d’après les études internationales.
La réforme (pleinement justifiée) a réduit les frottis à une fréquence trisannuelle (tous les 3 ans).  Il est probable qu’à cette fréquence, les patientes/citoyennes oublient probablement l’échéance qui survient seulement 3 ans plus tard. Sans un système de rappel [4] organisé avec surveillance du taux de réponses, il est illusoire d’améliorer les taux de couverture.
Par ailleurs on observe, et ce n’est pas neuf, une différence significative entre classe populaire et bourgeoise à l’avantage de cette dernière.
Par définition le dépistage de masse doit être organisé en première ligne.
Pour que ce dépistage en première ligne soit efficace, les citoyen(ne)s devraient tou(te)s être inscrit(e)s auprès d’une pratique de première ligne (Dossier Médical Global ou Forfait à la capitation). Dans ce cadre chaque pratique de première ligne peut établir sa liste de patientes concernées. Sur base des derniers frottis enregistrés, seules les femmes qui ont une absence de frottis de col depuis 3 ans au moins seront invitées au dépistage qui peut très bien être réalisé au cabinet du MG, soit par lui-même soit par une sage-femme associée à la pratique de Médecine Générale. Cela exécuté, un rendez-vous sera déjà délivré (pour 3 ans plus tard) avec un rappel (courrier tel/ SMS) peu avant la date fatidique. Avec un tel système on peut atteindre des taux de couverture de 80% à 90%. Nous pouvons aussi imaginer confier les appels et rappels épistolaires à l’organisme habilité qui œuvre pour les deux autres dépistages précités et renvoie à la consultation du généraliste.
 
La majorité des frottis sont actuellement réalisés par les gynécologues en 2e ligne. Il ne s’agit pas d’une pratique optimale, les gynécologues étant surqualifiés pour cette tâche. On s’étonnera donc de voir 3 universités financées et chargées d’améliorer le dépistage, alors qu’il faudrait investir dans le renforcement et la structuration de la première ligne. En particulier favoriser l’intégration pluridisciplinaire et le cadre en personnel des soins primaires qui permettrait à ceux-ci de réaliser pleinement leurs fonctions préventives.

Nous demandons avec force que les responsables qui se sont vus attribuer le projet travaillent dès à présent en collaboration étroite avec le Collège de la Médecine Générale afin de définir une approche opérationnelle en concordance avec les preuves scientifiques de pertinence et d’efficacité des stratégies en matière de dépistage de cancer du col.

Le bureau du GBO
 
 
[1] Appel à projet publié le 19 juin 2019 à l’initiative de la Ministre de la Santé de l’époque A. Greoli
[2] Mammographie avec double lecture.
[3] Test immunologique de l’hémoglobine humaine dans les selles
[4] Courrier, rappel téléphonique, SMS, etc….