Interview de Paul De Munck, Journal du Médecin, 8-02-2019

Date: 
Vendredi 08 Février 2019

GBO : sans échelonnement, la planification médicale sonne creux

Pour Paul De Munck, président du GBO (Cartel), le débat sur la planification médicale n'a pas grand sens tant qu'on ne parle pas des besoins réels et empiriques en médecins en terme de santé publique. Et ces besoins réels sont intimement liés à la répartition des tâches entre spécialistes et généralistes. " Si on ne discute pas d'échelonnement soft, de quoi discute-t-on ? " Le Dr De Munck souligne en outre que chaque étudiant entamant des études de médecine doit connaître le " tarif " une bonne fois pour toute. Mais il réfute l'idée qu'il y ait des pénuries généralisées.

Pour Paul De Munck, président du GBO (Cartel), le débat sur la planification médicale n'a pas grand sens tant qu'on ne parle pas des besoins réels et empiriques en médecins en terme de santé publique. Et ces besoins réels sont intimement liés à la répartition des tâches entre spécialistes et généralistes. " Si on ne discute pas d'échelonnement soft, de quoi discute-t-on ? " Le Dr De Munck souligne en outre que chaque étudiant entamant des études de médecine doit connaître le " tarif " une bonne fois pour toute. Mais il réfute l'idée qu'il y ait des pénuries généralisées.

jdM: Comment vivez-vous la énième crise des numéros Inami ?

Dr Paul De Munck : Insupportable. Inacceptable. Je n'ai pas de qualificatifs. Mascarade. Mauvaise saga. Match de ping-pong entre deux ministres. Mépris manifeste pour les parents et leur famille...

Les étudiants doivent connaître les règles une bonne fois pour toute avant de commencer leurs études. C'est de l'irresponsabilité politique que de ne pas arriver à un accord entre les deux ministres et entre les communautés puisque le problème est devenu communautaire. On ne discute plus sur une base rationnelle. La santé publique ne compte plus. On règle des comptes.

Parle-t-on du problème de fond en s'envoyant des chiffres à la figure ?

Non. On ne sortira pas de ce mauvais débat tant qu'on ne répondra pas à la question : de quoi et de combien de médecins at-on besoin. Il faut une évaluation scientifique la meilleure possible des besoins d'aujourd'hui et de demain, un cadastre dynamique sur les estimations des besoins sur les différentes disciplines médicales et non médicales également (je pense aux infirmières). Il faut un débat sur les quotas qui sont communautaires et un débat sur les sous-quotas. Même si les nouvelles sont bonnes sur ce dernier point, puisqu'on dépasse les 37 voire 40% de MG dans la plupart des universités francophones. Elles ont compris le message même s'il va falloir vivre avec le non-respect de ces sous-quotas pendant des années.

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Il n'y a pas des pénuries partout. Il y a des problèmes de distribution, de collaboration...

Spécialités en pénurie

On avance pour rendre plus attractives les spécialités de pénurie ?

Je ne le crois pas. De combien de gynécologues avons-nous besoin ? D'ophtalmos ? De pédiatres ? Que peut-on faire de mieux ? Les compétences sont morcelées, ce n'est pas un argument acceptable aux yeux de la population et des médecins. À mes yeux, il faut que les ministres avec leurs compétences aient des politiques convergentes et cohérentes pour répondre à la demande. Ce n'est pas tout de dire " c'est pas moi c'est l'autre ". Ce n'est pas acceptable. Des jeunes se plaignent d'avoir quatre ministres pour le Climat. Eh bien, en médecine, c'est la même chose. La ministre de la Région wallonne Greoli est tout aussi responsable pour, en collaboration avec Marcourt et De Block, répondre à l'adéquation offre-demande. En terme de santé publique, il faut que le pays soit couvert.

Mais il faut reconnaître que les francophones n'ont pas respecté le contrat. On continue à nous le faire payer. Les examens ne filtrent pas assez. Les informations sont contradictoires dans les médias. Il est difficile de se faire une opinion objective. Il faut trouver une solution durable pour qu'un jeune qui commence sache à quoi s'en tenir en médecine.

Sur le débat de fond. Il faut réfléchir. Au Cartel/GBO, on a toujours dit : " Ni pénurie ni pléthore ". On ne peut pas se contenter de dire aux étudiants : entamez vos études, nous ne sommes pas sûrs que vous aurez vos numéros Inami.

Ce serait irresponsable ?

En tout cas, je remarque une chose : on n'a jamais rien trouvé à redire à propos des sous-quotas au niveau des spécialités médicales. Cela a toujours été accepté. On n'a rien eu à dire sur l'examen d'entrée pour devenir ingénieur. Faut-il un examen d'entrée avant l'entame des études de médecine, après la première, à la fin des études ? Sur ce dernier point, sûrement pas. Le contingentement à la sortie de Maggie De Block est inacceptable. Mais il faudrait une bonne fois pour toute que lorsque le ministre trouve un accord, il soit respecté. Je ne la défends pas dans le débat mais on peut difficilement donner tort à Maggie De Block sur ce point.

Concours ou examen ?

Faudrait-il un concours d'entrée qui corresponde au nombre de numéros Inami plus 20% tenant compte des abandons ?

Il faut en tout cas faire quelque chose au niveau de l'arrivée en Belgique des médecins étrangers à qui on donne automatiquement un numéro Inami.

On ne sait pas légiférer contre cela apparemment. L'Union européenne nous lie les mains...

Résultat : quand tu es Belge, tu n'auras pas un numéro Inami alors que tu es un médecin européen dans ton propre pays. Cherchez l'erreur !

Il ne leur reste plus qu'à aller exercer à l'étranger...

C'est une politique discriminatoire envers les Belges ! Comment expliquer à un jeune étudiant en médecine belge que s'il avait été Belge ou Roumain diplômé en Roumanie, il aurait eu droit un numéro Inami automatiquement. Cela ne va pas.

Pour autant, les quotas sont-ils suffisants ?

On ne pourra répondre à cette question que lorsqu'on saura de combien de médecins ETP, par spécialité, on a besoin pour les 15-20 ans à venir. Ce ne sont que des estimations. Le paysage va changer, la demande va changer. Des métiers vont évoluer voire disparaître. Tout cela va bouger vite dans les années qui viennent. Je suis frappé de constater qu'on ne répond jamais à cette question.

Peut-être les autorités possèdent-elles cette information mais elle ne plaît pas politiquement ?

Vous avez compris. Vous connaissez notre opinion en la matière. Tant qu'on ne discute pas de qui fait quoi... Et là je suis obligé de revenir à ce que nous réclamons depuis que nous existons : c'est l'échelonnement soft. Si on ne discute pas de cela, on ne discute de rien. Tant qu'on ne répond pas à la patiente qui dit : " je n'arrive pas à avoir un rendez-vous chez le dermatologue, le pédiatre ou 'ma' gynécologue ", on n'avancera pas.

Une verrue chez le dermato

Pourquoi n'obtient-elle pas un rendez-vous ?

En tout cas, pas parce qu'il y a pénurie de ces spécialités ! Mais parce que ces spécialités font des actes que les MG pourraient faire. Je pose la question : est-il encore normal d'aller traiter une verrue chez un dermatologue ? Est-il normal d'aller faire un frottis chez le gynécologue ou se faire prescrire une pilule contraceptive ? Ou un dépistage ? Est-il normal de peser ou d'examiner la gorge d'un enfant chez le pédiatre ? Est-il normal que les ophtalmologues soient les seuls à pouvoir faire un examen de la réfaction de l'oeil ? La loi sur les optométristes a changé cela mais tant que les spécialités citées servent à autre chose que ce à quoi elles devraient être utilisées, on n'avancera pas. Si on ne met pas de l'ordre dans le partage des tâches (rôle du MG, comment on réfère au MG, etc.), on n'y arrivera pas. Je suis prêt à dire que le patient qui accède au spécialiste soit exempté de ticket modérateur si le patient est référé par le MG. Ça ne me gêne pas. Mais celui qui court-circuite le système doit être " pénalisé ". Or on ne s'attaque pas à ces problèmes. Le morcellement des compétences l'en empêche. Tout le monde dit : " collaborons ". Mais avons-nous un dialogue serein, paisible, pacifique, intellectuel entre pédiatre et gynécologue et d'autre part les MG ? Je ne le crois pas.

Ce qui fait consensus, par contre c'est qu'il y a du travail pour tout le monde. La réaction naturelle dans la presse générale, c'est : " Comment la ministre peut-elle réduire les quotas alors qu'il y a des pénuries partout ? " C'est faux : il n'y a pas des pénuries partout. Il y a des problèmes de distribution, de collaboration. On vit dans un système concurrentiel et pas complémentaire. Donc, Maggie De Block a raison sur certains points...