Grain à Moudre - juin 2018

Date: 
Jeudi 21 Juin 2018

Grain à moudre, un regard décalé sur les soubresauts de l'actu MG, un relevé des points qui coincent, des dents qui grincent. 

SUGGESTION DU CHEF
Vous voulez rire?

« Nous voulons un médecin généraliste qui soit au centre des soins de santé », dixit l’ABSyM. La bonne blague ! Du vent, des paillettes pour vous éblouir en prévision des élections, de la manipulation intellectuelle très préjudiciable à la profession ! Comme pas mal de consœurs et de confrères, vous commencez à douter de ce qu’ils racontent ? Il y a de quoi. Au GBO, nous pouvons détailler pourquoi.

Ce qui se passe depuis des années, en réalité, c’est le grignotage insidieux du terrain des soins primaires par certains lobbies hospitaliers proches de l’ABSyM. On le voit avec le projet Psy 107, on l’a vu avec la diabétologie. Et, dans ce domaine, la convergence d’intérêts économiques entre les directions hospitalières et l’industrie pharmaceutique est évidente. Et faut-il parler des constructions pharaoniques dans lesquelles se lancent les hôpitaux, pendant qu’on investit toujours trop peu pour les infrastructures de soins primaires ?
Aujourd’hui, sortant de la réserve qui le caractérise habituellement, le GBO-Cartel pousse un coup de gueule.

Trop, c’est trop.

Il se doit de contrer la malhonnêteté intellectuelle de ses adversaires syndicaux qui jettent de la poudre aux yeux de la médecine générale pour mieux l’aliéner dans un concept qui fait fureur aujourd’hui : « l’évaporation des lignes de soins », niant magistralement le rôle de premier recours des MG.

Chacun ses priorités

Il parait que les électeurs votent davantage pour un programme bien emballé que pour le travail accompli. Nos rivaux vous abreuvent jusqu’à plus soif de promesses séduisantes vantant le rôle central du MG et la nécessité de défendre ce beau métier, en étant en peine de montrer comment et en quoi, auparavant, ils les ont concrétisées.

Comme dans de folles amours, vous risquez d’être déçu d’y avoir cru : leurs promesses ne sont pas tenues, leur mépris pour le rôle central de la médecine générale est abyssal - ABSymal ? -, leur absence même aux réunions concernant spécifiquement la profession (par exemple, la réforme de la garde) trahit leur désintérêt et leur désinvestissement pour la défense de la première ligne…

Quant à la séduction (en français dans le texte) déployée par nos autres adversaires syndicaux d’AADM (Alliance pour l’Avenir des médecins en français et Alliantie Artsenbelang/Domus Medica en néerlandais), ne vous y fiez pas. AADM a investi la médico-mut à la faveur des dernières élections. Mais pas une seule fois, en quatre années de négociations, nous n’avons perçu le moindre intérêt de ce mouvement mono-disciplinaire généraliste flamand pour la cause francophone, au contraire de l’ASGB, notre fidèle partenaire au sein du Cartel. Au GBO-Cartel, nous le regrettons, ayant a priori pensé pouvoir compter sur une solidarité généraliste dans une concordance d’idées. Leur refus de soutenir le financement de la garde de semaine, revendication émanant essentiellement du sud du pays, est un exemple parmi d’autres, nombreux, de leur indifférence aux attentes des MG francophones.

Moins de bruit, plus d’acquis

Au contraire de nos confrères-ennemis, au GBO-Cartel, nous n’avons pas mis en branle à l’approche du scrutin une machine de guerre marketing, un rouleau compresseur de « comm’ », par définition peu objective, si pas demi-mensongère. Au GBO-Cartel, on s’appuie plutôt, hors de toute opération charme pré-électorale, sur des MG dévoués qui, dans le long terme et dans l’ombre, travaillent d’arrache-pied à défendre les dossiers les plus chauds à l’INAMI et au SPF Santé publique, entre autres lieux de représentation.

Des exemples de ce travail opiniâtre, mené sans triomphalisme ? La couverture quasi intégrale du sud du pays en postes de garde, évolution synonyme d’allégement des conditions de travail du MG que le GBO-Cartel a toujours supportée. Mais aussi le soutien du financement de la garde de soirée et de nuit de semaine, contre vents et marées.

Dans ces dossiers, face à nous, des trésors de manœuvres et de mauvaise foi, des agendas cachés, des attitudes, dans le chef de certaines autorités, allant du contrôle tatillon au laxisme inconsidéré... Et l’absence assourdissante, dans cet environnement hostile aux MG, de soutien de l’ABSyM.

Chaise vide et revirements

Il faut savoir qu’au sein de l’organe où s’est discuté ces dernières années l’avenir des postes (soit le groupe de travail ‘garde’ de la médico-mut, récemment supprimé), les seuls francophones tenaces et assidus étaient issus du GBO-Cartel. Ils étaient accompagnés de Madame Valentine Gevers, économiste, un appui précieux pour décortiquer les subtilités byzantines qui leur étaient livrées. Et ils étaient soutenus par l’expertise du président de la FAGW, dont la présence a été revendiquée et obtenue par le GBO, et du coordinateur régional, fruit du concept élaboré et obtenu par le GBO. L’absence répétée de nos interlocuteurs absymistes à ces négociations - et aujourd’hui au tout nouveau « comité d’accompagnement garde » qui remplace le groupe de travail - déforce gravement la défense francophone des MG. On en vient à se demander si l’ABSyM n’aurait pas, elle aussi, un agenda caché…

Ils ne sont que sporadiquement présents au Collège de la médecine générale. Cette coupole a vocation à unir les voix des organisations de MG francophones (cercles wallons, cercles bruxellois, Société scientifique de médecine générale, départements de médecine générale de l’UCL, ULB et ULiège et syndicats) pour mieux défendre les réalités et spécificités de l’exercice du métier au sud du pays. Une vocation louable - une nécessité même ! - dans le contexte politique belge. Sans doute ce Collège fédérateur a-t-il le tort, aux yeux de l’ABSyM, d’être né à l’instigation du GBO-Cartel ? Le plus révélateur, c’est que les décisions qui sont débattues et prises en Collège, avec les généralistes de l’ABSyM s’ils sont là, sont par la suite contredites par leur « maison-mère », qui est et reste historiquement un bastion de la médecine spécialisée.

Soyons lucides : les obstacles auxquels nous sommes confrontés sont importants. On veut faire endosser à la médecine générale la responsabilité du recours excessif aux services d’urgence. Et celui-ci ne fera que s’amplifier, vu le manque de ressources MG. Le dossier de la pénurie en généralistes, justement, qui traverse en filigrane le dossier garde, est lui aussi un cheval de bataille du GBO. L’enjeu est totalement minimisé, en revanche, par les ténors de l’ABSyM, si prompts à se targuer de leur investissement positif dans la défense de la première ligne de soins.

Ce combat pour la reconnaissance et le respect de cette première ligne, le GBO-Cartel le mène pied à pied auprès des mutuelles, à l’INAMI, dans les couloirs du Parlement, au ministère de la Santé… après s’être mis à l’écoute des cercles et en symbiose avec ceux-ci. Sa particularité ? Ne pas communiquer à tout bout de champ, un choix de stratégie et d’éthique.

Les cercles, le DMG, les Impulseo…

Le GBO-Cartel privilégie l’investissement maximal dans la gestion des dossiers. A la communication abondante de demi-vérités à laquelle ses rivaux l’ont habitué depuis le début du syndicalisme médical, il oppose une force de proposition et de conviction. Dans d’autres dossiers abordés sur les bancs de la médico-mut, c’est avec détermination et à contre-courant que le GBO-Cartel a pu, a dû, arracher un accord de ses interlocuteurs absymistes.

Il en va ainsi, par exemple, pour la reconnaissance et le financement des cercles, pour la création du DMG - outil essentiel du MG pour son rôle central , pour les honoraires de disponibilité ou les aides publiques Impulseo.

Vous voulez rire encore ? Aujourd’hui, l’ABSyM s’attribue la paternité de ces acquis ! S’il leur manque la mémoire et la probité, ils font preuve d’un « remarquable » culot.

Bref, ne votez pas pour nous si vous préférez les slogans au travail de fond. Mais, attention, la médecine générale est en danger ! Les représentants des MG devront être incisifs et sincèrement impliqués, ces prochaines années, si on veut voir notre métier subsister.

TROU NORMAND

Wadde = vous vous foutez de moi ?

Obésité des Wallons :
égalité ou équité ?

Fin mai, une députée N-VA a proposé de scinder la sécurité sociale - une revendication qui n’est pas neuve chez les nationalistes flamands. Cette fois-ci, Yoleen Van Camp exploite l’argument du taux d’obésité et de la hausse de la chirurgie bariatrique au sud du pays. Rappelons que ce qui est égal n'est pas forcément juste. Si on n’adapte pas les dispositifs aux besoins de chacun, on peut être égalitaire - la même chose pour tout le monde - et profondément injuste. Des escaliers pour tous, et les handicapés moteur n'auront accès à rien.

En droit, le principe de non-discrimination veut que des individus qui sont dans une même situation soient traités de manière identique. Traiter de la même manière des personnes dans une situation différente constitue un comportement discriminatoire.

On connait l’adage, il vaut mieux être riche et bien portant que pauvre et malade. En matière de santé, les facteurs de risque sont fortement corrélés au niveau de bien-être. L'obésité et la dépendance au tabac font partie de ces facteurs.

Notre système politique a accordé une grande importance aux valeurs de solidarité, et il se trouve de ce fait dans le peloton de tête des pays où le bien-être est le mieux réparti. La sphère de la santé obéit aux mêmes principes, avec un système de soins basé sur une mutualisation des risques. La maladie n'est pas, chez nous, dans la plupart des cas, un facteur qui précipite dans la pauvreté absolue.

La logique qui gouverne les systèmes assurantiels est d’évaluer le risque avant de vous assurer, et quoi qu'il arrive, de faire des bénéfices sur les primes que vous payez. C'était le cas aux USA avant l'Obama Care – et le système est encore largement inégalitaire et, en plus, cher et peu efficace.

L'idéologie chère à Monsieur Trump, qui consiste à dire que si vous êtes pauvre, c'est de votre faute, n'est malheureusement pas l'apanage des Américains. Elle s'insinue partout, même dans notre beau pays. Les pauvres et les malades sont responsables de leur situation. Ils doivent en payer le prix... Car après tout, si on fait payer les pauvres, on récoltera plus d'argent que si on fait payer les riches… vu qu’il y a plus de pauvres !

C'est sans doute ce qui préside à la pensée de cette député N-VA qui proposait récemment de scinder la sécurité sociale car il y avait plus d'obèses en Wallonie qu'en Flandre. Faut-il rappeler qu'il y a 50 ans, il y avait plus d'obèses en Flandre ? (mais à ce moment, ils étaient plus pauvres)

Les obèses doivent payer, donc…

FRAIS DU MARCHE

Le printemps de la médecine générale

Il arrive que l'on frissonne de plaisir. Quand 400 médecins le font en même temps, galvanisés par un projet inédit qu'ils veulent mettre en œuvre et piloter, on arrive à l'extase. C’est un peu ça qu’il s’est passé, à Namur, le 9 juin…

C’est à cette date qu’a eu lieu une grande présentation de Medispring, la coopérative portant un nouveau DMI qui présente bien des promesses… et des innovations qui nous rendront la vie professionnelle plus agréable.

Le GBO et le Collège de la médecine générale soutiennent l’un comme l’autre ce modèle - ainsi que ceux sous-tendus par la même philosophie solidaire - et encouragent la collaboration pour s'affranchir du commerce dont les médecins sont les otages.

On attend les premiers résultats pour fin octobre. D'ici là, prenez patience ! Le parcours est plein d'embûches mais on leur a dit que c'était impossible, alors ils l'ont fait…

PLAT DU JOUR

Ce qui soigne le rare
ne doit pas être cher

Vous ne connaissez sans doute pas la Spyrine® (trientine hydrochloride), médicament inventé dans les années 60 pour traiter la maladie de Wilson. En 2010, la firme Valeant a acquis les droits pour cette molécule et, en 2015, son prix est passé de 652 à 21.267 dollars US, soit 6.000% d'augmentation.

De la même façon, le Daraprim®, indiqué pour traiter la toxoplasmose, est passé de 13,5 à 750 $, soit 3.000% de hausse.

Avez-vous entendu parler du « Projet Rx » ? Il n’a pas le moindre rapport avec l'imagerie médicale, mais réunit divers participants du monde de la santé pour constituer une firme de génériques sans but lucratif, vouée à produire des médicaments rares et les rendre abordables (le coût de production du Daraprim est, pour info, de 10 cents).

Des fonds philanthropiques doivent se réunir. Cela fait rêver… Ca se passe aux États-Unis. Ne pourrait-on pas imaginer quelque chose de similaire en Europe ?

Source : NEJM VOL 378 p1857 mai 2017

SALADE DE FRUITS

e-prescription : la saga continue - Sortie de prison : incohérence à tous les étages

• e-prescription : la saga continue

Caramba, encore raté ! Les autorités nous l’avait promis, on allait voir ce qu’on allait voir, l’informatisation médicale se diffuserait à un train d’enfer - « un TGV ! » -, au mépris du rythme des médecins. Pour qu’une réforme réussisse, il faut, on le sait, que les acteurs y adhèrent. Dans ce dossier, si s’informatiser ne pose pas de problème à la majorité des généralistes, bien des spécialistes ne sont pas prêts. Le second report de la prescription électronique permet également d’observer que, quand des évolutions promises et dépendant du pouvoir politique ne sont pas achevées en temps voulu, on les reporte, tandis que quand une application dépend des logiciels métiers des médecins (et d’un certain en particulier…), on la rend obligatoire. Et au fait, à quand l’e-prescription réellement sans papier ? (même une preuve par fax ne suffit pas). A quand la fin de la matérialisation d’une procédure en principe dématérialisée ?

• Sortie de prison : incohérence à tous les étages

La dramatique fusillade de Liège n’est malheureusement qu'un tragique reflet de ce dont sont régulièrement témoins les médecins : des libérations de prisonniers sans projet. Nous voyons souvent arriver dans nos cabinets des ex-détenus dont le traitement a été brutalement interrompu, qui se retrouvent avec quelques comprimés en poche pour la sortie, sans couverture sociale et, dans bon nombre de cas, sans domicile. Comment imaginer que certains d'entre eux ne deviennent pas des proies faciles pour les endoctrinements, puis des bêtes féroces ? Les patients qui sortent de prison ont un risque très important d'overdose, parfois fatale… Des traitements (du reste très coûteux) de l'hépatite C sont parfois abruptement arrêtés, car il n'y a aucun lien, aucun pont construit entre le dossier juridique et le dossier médico-social du patient.