Grain à Moudre - mai 2018

Date: 
Vendredi 18 Mai 2018

Grain à moudre, un regard décalé sur les soubresauts de l'actu MG, un relevé des points qui coincent, des dents qui grincent. 

SUGGESTION DU CHEF 
Le poinçonneur des Lilas

L’avenir semble effrayant, synonyme de remodelage du paysage des soins, de mutation du métier de MG sous la poussée technologique et informatique. On peut pleurer sur son sort. Ou se dire, comme le GBO, qu’accompagner le mouvement est la meilleure attitude à adopter. Les conditions nécessaires à un changement réussi sont-elles bien présentes, toutefois ?

La chanson de Serge Gainsbourg Le poinçonneur des Lilas évoque un métier répétitif qui existait dans les années 60 et a disparu depuis belle lurette, comme tant d'autres dont parfois nous avons la nostalgie - par exemple, les receveurs dans les trams bruxellois, à trois dans les voitures à wagon et pas étrangers à une joyeuse ambiance... Si bien des professions se sont éteintes en raison de l’automation puis de la robotisation, cela s'est traduit par une destruction créatrice, c’est-à-dire une perte d'emplois chez les moins qualifiés et un gain de productivité globale.

Longtemps, les professions intellectuelles ont été à l'abri de cette évolution. Mais la percée de l'intelligence artificielle est occupée à changer la donne. Il existe déjà des appareils qui concurrencent sérieusement les radiologues, dermatologues et praticiens qui se livrent à des interprétations d'ECG. Si l’on en croit le neurologue Laurent Alexandre, auteur du livre « La guerre des intelligences », c’est la médecine générale qui serait cependant la plus difficile à remplacer par des machines.

On peut pleurer sur un avenir qui semble effrayant. On peut tenter de lutter contre ce type de progrès. Le GBO pense que l’accompagner est l'attitude la plus positive.

Les USA comptent déjà un hôpital sans lits (travaillant exclusivement en hôpital de jour) ; en toute vraisemblance, les progrès technologiques et informatiques vont conduire à un remodelage du paysage de la santé dans nos pays. Notre modèle est encore largement hospitalo-centrique, et il devra sans doute évoluer. La collaboration entre les lignes de soins va devenir impérative. En parallèle, l'explosion des coûts va provoquer un examen rigoureux des procédures afin d’éliminer celles qui sont peu efficientes. Ce mélange explosif risque de déboucher sur des situations de crise, assurément. Mais sans doute aussi sur de belles opportunités de collaboration.

Les conditions qui sont nécessaires pour un changement réussi sont-elles bien présentes, toutefois ? Le GBO reste fort dubitatif sur ce point.

La première de ces conditions est que les acteurs concernés soient concertés et élaborent soigneusement une feuille de route dont ils sont parties prenantes. Nous ne pouvons qu'être consternés devant la façon dont sont gérés des dossiers comme l'informatique et la garde en médecine générale. En guise de concertation et d’implication, on assiste plutôt à une tentative de caporalisation des médecins.

Autre exemple : l’opacité de la négociation du prix des médicaments innovants, qui nous rend particulièrement amers. Elle s’opère de manière secrète, sans que les mutuelles et les syndicats médicaux aient voix au chapitre. On parle ici de médicaments particulièrement chers. Après arrangement autour de ces ruineuses nouveautés, on vient déposer la note à régler sur la table des partenaires de la concertation et leur dire qu'il faut faire des économies de leur côté... Les firmes pharmaceutiques, bien implantées en Belgique, « doivent vivre »...

La Belgique est dépourvue de leader visionnaire en matière de soins de santé, mais en revanche, nous avons une pléthore d'agents défendant une politique partisane - avec des a priori purement idéologiques qui ne produisent ni économies ni amélioration de la prise en main des soins de première ligne.

L’audit de KPMG sur les pratiques forfaitaires à la capitation n’a pas démontré d’anomalie significative. Au point que la ministre de la Santé a conclu à la légitimité de la présence de ces pratiques différentes dans le paysage belge des soins de santé. Par ailleurs, peu avant, l’étude de l’Agence inter-mutualiste n’avait pas démontré de surcoût global des pratiques forfaitaires par rapport aux pratiques à l’acte. Tout financement supérieur en première ligne est donc compensé par des économies en deuxième ligne, ce qui ne devrait chagriner personne…

Pour lutter contre ces dérives, pour contrer ce style de gouvernance qui impose sans impliquer, il important que vous vous mobilisiez pour voter. Les syndicats auront plus de légitimité et de poids si votre vote est massif. 

Le GBO défend des positions tournées vers l'avenir et une vision positive de notre métier. Nous comptons sur vous.

TROU NORMAND

Du petit lait, ce nouveau code de déontologie…

L’Ordre des médecins a procédé à un sérieux remaniement de son code de déontologie. On passe d'une conception du métier qui sent les messieurs en frac et lorgnon à une version branchée. Pas mal !

L'article 40 de la nouvelle mouture, solidement allégée, précise d'ailleurs que la participation à des plates-formes d'échange est une obligation.

L'article 10 stipule aussi que le médecin se doit de veiller à sa propre santé et à l'équilibre entre ses activités professionnelles et sa vie privée.

Le médecin sera par ailleurs attentif à la prévention et à la promotion de la santé (article 5), et exercera non seulement avec compétence mais aussi avec savoir-faire et savoir-être (article 3). Le médecin garantit la continuité des soins. Il est guidé par une réflexion éthique et ne peut compromettre par ses convictions personnelles la qualité des soins, commandent les articles 30 et 31.

On le voit, avec cette version revue et corrigée du code, il ne s'agit plus de défendre la dignité du médecin mais sa qualité de soignant au sein d'une société qui évolue dans la diversité.

DEMANDEZ LE PROGRAMME!

Il est détaillé dans GBO Arguments spécial élections fraîchement sorti. Voyez pourquoi et comment le GBO se bat pour : des honoraires justes - la qualité de vie du MG - les attentes des jeunes et moins jeunes - faire vraiment respecter le métier…
A découvrir également : des témoignages de MG du GBO qui militent dans votre intérêt et des réflexions sur quelques grands enjeux des années à venir (des gardes respirables, une e-santé sous contrôle, une pratique gratifiante, la collaboration cercles-syndicat…)

CUISINE D'AILLEURS
Ces vents venus de Hollande…

Le meilleur soin, au meilleur endroit, par le prestataire le plus adéquat, au moment le plus opportun et au juste prix. Cette devise du GBO, ce n’est pas qu’un slogan électoral. C’est une vision de l’organisation même du système de santé, plus logique. Crochet évocateur par les Pays-Bas, la dermatologie et la télémédecine.

Les ailes des moulins tournent-elles toujours dans le même sens, et le vent de liberté vient-il toujours du Sud ? Ils ne sont plus qu’une poignée, ceux qui proclament que la pénurie de généralistes n'est pas un problème, mais leur influence est encore déterminante. Pour relativiser la disette en MG, ils sont toujours prompts à comparer la situation des médecins belges à celle de leurs voisins hollandais. Faut-il rappeler qu’aux Pays-Bas, l'échelonnement est pratiqué avec rigueur ?

En Belgique, on a un mal fou à trouver une consultation chez un dermatologue dans un délai raisonnable. Et pourtant, ils sont près de 1.000 pour veiller sur la santé cutanée de 11 millions d’habitants, tandis qu'aux Pays-Bas, on n’en dénombre que 500 pour 17 millions de Bataves. Et les dermatologues terminent tous à cinq heures du soir.

Comment font-ils ? Ils recourent depuis longtemps à la télémédecine. C’est-à-dire que les généralistes sollicités par un patient pour un problème de peau envoient leurs images aux spécialistes, avec des informations cliniques, et ces derniers répondent dans les 24 heures. Si une consultation de dermatologie s’impose, un rendez-vous est fixé rapidement et la prestation est payée 120 €. Au final, cela fait des dermatologues heureux, bien payés et sans stress, et des généralistes qui échangent, chacun bénéficiant d'un apprentissage mutuel.

Ce modus operandi ne vaut-il pas mieux que notre course à l'échalotte, où chacun, généraliste, spécialiste, se fait une concurrence déplacée ? 

Le GBO rappelle son slogan : « le meilleur soin au meilleur endroit, par le prestataire le plus adéquat, au moment le plus opportun et au juste prix », et son souhait de favoriser l’implémentation et le remboursement de la téléconsultation.

Personal Health Viewer

PLAT DU JOUR
Une pluie d'autocongratulations

Avec le lancement du portail fédéral MaSanté, les autorités (pro)clament que les dossiers médicaux sont à présent accessibles aux patients. Elles annoncent aux citoyens la fin du paternalisme médical quant à leurs données, qui leur appartiennent. Le tout est sensé faire des patients des copilotes de leur santé, plus informés, plus impliqués, autonomisés. Oui mais…

Le site MaSanté, lancé en grandes pompes début mai, donne à tout Belge un «Personal Health Viewer» pour lire les données médicales le concernant enregistrées électroniquement dans diverses sources (dossiers et rapports des prestataires ambulatoires et hospitaliers, coffres-forts et hubs régionaux…). Il n'est évidemment pas souhaitable de s'opposer à cette tendance à l’ouverture des dossiers aux patients, soutenue par le numérique. Elle s’inscrit dans la logique de lois belges et de dispositions européennes.

Il faut cependant rappeler qu'il est interdit de communiquer à un patient des données concernant un tiers. Or, nos dossiers sont remplis de ce type de références… Donc, le prestataire devra d'abord s'assurer que le dossier d’un patient est "clean" à ce niveau, avant de le rendre disponible. C'est - entre autres - pour ça que l’on prévoit un délai de 30 jours sur les Réseaux santé wallon et bruxellois entre l’édition d’un document et l’activation de sa visibilité pour le patient.

Ne serait-il pas plus judicieux de favoriser des outils spécifiques, connectés, destinés à la fois aux médecin, infirmier et patient, compréhensibles par ces derniers, notamment les malades chroniques, pour qu’ils puissent réellement avoir une prise sur leur maladie et sa gestion ? On ferait alors du réel empowerment

Il serait aussi probablement fort instructif d'évaluer et de mettre en balance l'impact positif et l’impact négatif de l’accès en ligne aux dossiers, avant de s’autoféliciter de cette étape si périlleuse. Mais les élections approchent et il est utile de bien se faire voir…

DU 7 AU 26 JUIN, PRENEZ VOTRE AVENIR EN MAIN

Faites un nœud à votre mouchoir, mettez une croix sur le calendrier, programmez une alerte sur votre smartphone… Dans 3 semaines, on vote, et par voie électronique. Le GBO compte sur vos clics !

Ensemble, défendons les valeurs des MG !

UTILE UN SYNDICAT? Non peut-être !

Voyez notre vidéo à corriger les fausses idées

MENU CLASSIQUE
L'homme sage de Nicomaque

Naguère, un pilote d'avion canadien fut convoqué devant un tribunal d'aviation pour avoir atterri sur l'herbe de la piste - ce qui est formellement interdit. Il fut acquitté car, s'il avait suivi les règles, il aurait détruit un bus qui roulait sur la piste. L’accident aurait plus que probablement entraîné des dizaines de décès.

On a dit à ce brave homme qu'il avait bien fait. Il n'empêche. On a activé une procédure parfaitement inutile mais obligatoire quand un pilote prend ce genre de liberté.

Cela ne vous rappelle pas quelque chose… ?

Par exemple, le débat que le généraliste tient intérieurement chaque jour, quand il est amené à choisir entre les recommandations théoriques et les contraintes de la vraie vie.

Peut-être que parfois, l'homme sage (prudent) ne doit pas faire le maximum mais l'optimum. Il détermine la règle droite, cette position qui tient évidemment compte des règles mais qui les adapte à la situation.

Peut-être aussi que notre métier demande du bon sens et que, comme l'amour dans Carmen, c'est un oiseau rebelle que l'on ne peut apprivoiser. Le médecin doit oser, mais pas prendre de risques inutiles. 

Et cultiver cette capacité de se remettre en doute, cette humilité si nécessaire à la pratique de la profession. On ne peut que rester modeste quand on sait qu’en médecine, 50 % de nos décisions sont inutiles.

Par contre, nous ne rencontrons plus guère cette modestie chez nos dirigeants. Eux aiment imposer leurs décisions jusqu'à l'absurde. Un exemple ? Dans le Hainaut occidental, devoir couvrir une zone de 300.000 habitants en nuit noire obligerait le MG de garde à avaler jusqu’à une heure et demie de route, s’il doit rallier Comines à Enghien.

Si nos dirigeants pouvaient faire taire leurs passions et mettre de côté leur morale, leurs convictions personnelles, pour le bien commun, si chacun pouvait s'organiser selon les besoins des médecins et des patients et pas selon des règles absolues, on passerait du concept d'égalité (accorder la même chose à tous) au concept d'équité (pourvoir chacun selon ses besoins).

Mais pour cela, il faudrait faire confiance à la notion de délibération, notion que le GBO encourage mais qui n'a pas les faveurs de notre gouvernement.

D'après un exposé de Raymond Gueibe, au XVIII colloque à Orval de l’UCL, sur l'Ethique à Nicomaque d'Aristote. Les termes soulignés sont les points principaux de ces principes d'Ethique.